Entre frais scolaires élevés et baisse du pouvoir d’achat, le casse-tête des parents ahfadem
À quelques jours de la rentrée scolaire, prévue le 7 septembre 2026 par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), de nombreuses familles haïtiennes font face à d’importantes difficultés financières.
01 sept. 2026 — 
À quelques jours de la rentrée scolaire, prévue le 7 septembre 2026 par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), de nombreuses familles haïtiennes font face à d’importantes difficultés financières. Entre les frais de scolarité, les fournitures scolaires et les autres dépenses liées à la rentrée, certains parents peinent encore à réunir l’argent nécessaire pour envoyer leurs enfants à l’école.
Pour Mara, la préparation de la rentrée est « catastrophique, inquiétante ». Les difficultés financières rendent les dépenses scolaires particulièrement difficiles à gérer. Elle estime que la réduction des dépenses ne suffit pas à résoudre les problèmes financiers auxquels font face de nombreux parents. La perte d’un emploi, l’absence de commerce et le manque de revenus compliquent davantage la préparation de la rentrée.
Cette année, Mara n’a pas encore réuni toutes les fournitures nécessaires. « Honnêtement, jusqu’à aujourd’hui, j’ai seulement un sac, une boîte à lunch et une paire de chaussures. L’année dernière, à cette période, j’avais déjà toutes les fournitures scolaires », témoigne-t-elle.
Pour financer la rentrée, elle envisage de contracter un prêt et de lancer un petit commerce de vêtements pour enfants. Elle espère que cette activité lui permettra de faire face à une partie de ses dépenses. « Ça ne résoudra pas tous les problèmes, mais au moins, il y aura des trous qui seront bouchés », explique-t-elle.
Osna, mère de trois enfants et ouvrière, connaît également des difficultés. Ses revenus dépendent des activités qu’elle trouve et restent donc irréguliers. « Il n’y a pas de réduction parce que je suis ouvrière. C’est lorsqu’il y a un peu d’activités que j’arrive à gagner un peu d’argent », affirme-t-elle.
Une partie de ses revenus est consacrée aux besoins alimentaires de ses enfants, ce qui lui laisse peu de marge pour mettre de l’argent de côté en vue de la rentrée. Les frais de scolarité constituent, pour elle, la principale difficulté.
« Parce que sans les frais de scolarité, toutes les préparations que tu fais sont vaines. Tu peux finir de te débrouiller pour envoyer l’enfant à l’école, mais si tu n’as pas payé, on va le renvoyer », dit-elle.
À l’approche de la rentrée, Osna ne sait toujours pas comment elle réunira l’argent nécessaire. La situation lui paraît particulièrement difficile et elle craint que ses enfants connaissent une année scolaire perdue si elle ne parvient pas à payer les frais….
Des ventes en baisse chez les vendeurs de fournitures scolaires
Les difficultés économiques se ressentent également chez les vendeurs de fournitures scolaires.
Sanon, vendeur de fournitures scolaires à Lalue, constate que les parents disposent de moins de moyens qu’auparavant. Certains négocient les prix et renoncent à acheter certains articles lorsque les coûts dépassent leur budget.
Le vendeur relève également une baisse de ses ventes par rapport à l’année précédente. Il explique qu’il peut parfois passer toute une journée à attendre avant de vendre un seul article. Compte tenu de la situation économique et sociale du pays, Sanon estime qu’un report de la rentrée pourrait donner davantage de temps aux parents pour se préparer.
Un contexte économique difficile
Les difficultés rencontrées par ces familles interviennent dans un contexte économique particulièrement difficile. Selon l’économiste Enomy Germain, le pouvoir d’achat des ménages haïtiens s’est dégradé, alors que l’inflation avoisine les 20 %. L’insécurité alimentaire touche également plus de la moitié de la population.
« Les familles haïtiennes sont aujourd’hui obligées de faire un arbitrage entre les besoins essentiels, notamment l’alimentation, et les dépenses scolaires », explique-t-il.
Enomy Germain évoque également l’importance des transferts de la diaspora, notamment dans le contexte du TPS. Une baisse de ces transferts pourrait affecter la capacité de certaines familles à financer les dépenses scolaires.
Pour alléger le poids financier de la rentrée, il préconise une intervention accrue de l’État, notamment à travers la distribution de fournitures, de livres et d’uniformes, ainsi que des aides financières aux familles les plus vulnérables.
Osna demande aux autorités d’agir, notamment sur la sécurité, afin de permettre aux personnes de reprendre leurs activités normalement. Elle souhaite obtenir une aide destinée aux familles qui en ont réellement besoin.
Mara, pour sa part, encourage les parents à ne pas céder aux pensées négatives. Elle les invite à continuer à chercher des solutions et à « utiliser le pouvoir de la parole », tout en restant sur la bonne voie.
Pour ces familles, l’objectif reste le même : trouver les moyens nécessaires pour que leurs enfants puissent franchir les portes de l’école malgré les difficultés financières.
